Retenues de substitution : une fuite en avant qui n’apportera pas aux agriculteurs la sécurité qu’ils attendent

Voici le texte de la lettre ouverte que Delphine Batho a adressée au Président de l’Agence de l’Eau Loire Bretagne ainsi qu’au Président du Comité de Bassin concernant la mise à l’étude de nouvelles retenues de substitution sur 27 sites potentiels en Deux-Sèvres :

 

Monsieur le Président,

Je tiens à vous faire part des vives inquiétudes des habitants des Deux-Sèvres concernant la mise à l’étude, dans le cadre des contrats territoriaux de gestion quantitative de l’eau, de la création de plus d’une vingtaine de retenues de substitution à l’horizon 2015 sur 27 sites potentiels d’installation dans le bassin de la Sèvre-Niortaise, retenues qui seraient financées en grande partie par l’argent public. Ce projet suscite d’autant plus d’inquiétudes que notre département connaît en ce printemps la menace d’une nouvelle sécheresse avec un déficit qui a d’ores et déjà conduit à des mesures d’arrêt des prélèvements non prioritaires.

Il n’est pas démontré que les réserves de substitution sont une réponse durable au manque d’eau. En effet, leur remplissage nécessite que les réserves des nappes phréatiques soient suffisamment abondantes. Or cette année encore, les pluies d’automne insuffisantes n’ont pas permis aux nappes phréatiques de se recharger et 85 % d’entre elles ont aujourd’hui un niveau inférieur à la normale. Puiser dans ces réserves pour abonder les retenues de substitution existantes pose déjà un réel problème pour l’équilibre des systèmes et la sécheresse de ce printemps illustre l’impasse à laquelle conduirait la création de retenues de substitution supplémentaires. Ce projet s’apparente ainsi à une fuite en avant, très onéreuse en termes d’utilisation d’argent public, et qui n’apportera pas la sécurité attendue par les agriculteurs face à un manque d’eau structurel.

Une réponse durable au manque d’eau doit être apportée par la réforme de la PAC prévue en 2013. L’enjeu est double pour la France, à la fois obtenir le maintien d’une politique agricole commune remise en cause par nombre de nos partenaires, mais aussi et surtout réorienter les aides vers l’élevage, l’adaptation des assolements et les mesures agro-environnementales. Dans l’attente de ces nouvelles dispositions, l’irrigation doit être limitée à la sécurité fourragère.

Il me paraît donc totalement inopportun d’engager aujourd’hui des études et à fortiori des investissements qui pourraient servir un modèle remis en cause par une nouvelle orientation politique de la PAC sur laquelle le prochain gouvernement aura à travailler.

Je vous prie de croire, Monsieur le Président, à l’assurance de mes sentiments les meilleurs.

Delphine Batho, Députée des Deux-Sèvres

2 commentaires pour Retenues de substitution : une fuite en avant qui n’apportera pas aux agriculteurs la sécurité qu’ils attendent

  • Henry VINA

    Je ne puis qu’être d’accord avec la teneur de ton courrier.

    Mais, il me semble pourtant que nombre de fois, j’ai soulevé le problème du remplissage devant les instances du SAGE Boutonne.

    Dans les textes, il est dit que l’eau devant servir au remplissage de ces retenues devait être de l’eau « d’excès ».

    Je me suis renseigné directement auprès du Ministère de l’Ecologie et du Développement Durable au sujet de cette définition. La réponse en a été simple : l’eau d’excès est une eau hivernale drainée par les cours d’eau quand ils sont en situation de pré-débordement ou d’inondation. Par contre, géologiquement parlant, les nappes phréatiques ne sont jamais en situation excédentaire. Si le volume de rétention est à son plus haut niveau, tout supplément de volume est alors transvasé et transporté directement via les sources et les rivières.

    Donc, arrêtons de parler de nappes phréatiques en excédent. Ce qui sous-entend que tout pompage dans ces dites nappes pour remplir les réserves est une aberration de raisonnement et de logistique.

    Un autre point me parait tout aussi important : à part le fait de construire une réserve, le monde irrigant peut très bien la financer avec les moyens qu’il peut trouver (exception de l’argent public) mais où la loi doit s’appliquer dans toute sa rigueur et sans passe-droit, est bien le problème du remplissage.

    L’eau est le patrimoine commun de la nation. C’est écrit dans les textes. Pour pouvoir puiser de l’eau appartenant à la Nation il faut une autorisation légale. Dans le cas présent, si l’eau manque, le principe de précaution doit s’appliquer. Donc, pas d’autorisation de puisage pour remplir ces réserves : à relire les arrêtés préfectoraux qui interdisent depuis quelques années le remplissage des plans d’eau privés en période difficile.

    Peut importe la création de X réserves avec leurs propres deniers, cela ne me gêne pas. Mais, ne crois-tu pas, qu’il serait temps de définir et d’écrire les règles de remplissage de ces fameuses retenues. Dans ce cas là, on aurait fait un grand pas dans la protection de notre Patrimoine Commun.

    Et encore, je n’aborde pas le principe de recharge hivernale, d’une façon artificielle, des nappes. Là aussi, il serait temps que certains esprits s’ouvrent à cette technique, qui n’a rien de révolutionnaire et qui se pratique d’une façon importante en France. Là, l’argent public serait dans son utilité.

    Delphine, je reste à ta disposition, si le besoin se faisait sentir. Tu sais où me trouver.

    Cordialement et avec toute mon amitié.
    Henry VINA

  • henry vina

    Il y a quelques jours, je vous demandais de passer un article qui faisait suite à l’intervention de Delphine au sujet des retenues de substitution.

    Résultat : pas passé. Peut-être censuré. Merci les mods.

    Et après, vous allez vous poser des questions si certains, à quelques jours du vote présidentiel vont changer de comptoir ?……….

    La moindre des politesses serait, au moins, d’avertir le contributeur que son article est rejeté. Mais là, vous savez pas faire………

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