Tour de passe-passe budgétaire sur les sondages de l’Elysée ?
J’avais raconté sur ce blog l’audition par la Commission des Finances, le 13 octobre dernier, du directeur de cabinet du Président de la République dans l’affaire des sondages de l’Elysée. Il avait notamment expliqué aux députés que le budget sondages de la présidence avait dernièrement connu une baisse drastique. « Le poste des études et sondages représentait 3 280 000 euros dans le budget 2008 et 1 631 000 euros estimés en 2009. Le budget de 2010 prévoit 1 424 000 euros. Cette diminution de 56 % en deux ans correspond à une volonté claire du Président » peut-on lire dans le compte-rendu officiel de l’audition de Monsieur Frémont.
Mais cette baisse du budget sondages de l’Elysée ne serait-elle pas fictive ?
Dans un article intitulé « Comment l’Elysée siphonne le budget com de Matignon », Marianne2.fr met le doigt ce matin sur une sorte de système de vases communicants entre les commandes sondagières élyséennes et le budget du SIG (service d’information du gouvernement) qui dépend de Matignon. Marianne2.fr a même retrouvé la trace d’une déclaration du nouveau patron du SIG lui-même, Monsieur Thierry Saussez, à l’Express du 9 juillet 2008 où celui-ci affirme tout de go, visiblement sans se rendre compte des implications de son propos, qu’un million d’euros du budget du SIG seraient affectés « aux études et sondages de la Présidence de la République ».
Bref, un des habillages imaginé pour répondre aux exigences de la Cour des Comptes concernant « le cas particulier » des études payées par la Présidence de la République, serait un processus d’externalisation. Ainsi, alors que le budget du SIG avait augmenté de +292% entre 2008 et 2009, une partie des 16,7 millions d’euros d’augmentation seraient consacrés directement à la prise en charge des sondages de l’Elysée.
Coïncidence ? Le SIG avait lancé le 10 février dernier une procédure d’appel d’offre pour des sondages en plusieurs lots, dont un lot « enquêtes en ligne » attribué le 10 avril à Opinion Way.
Quant au budget 2010 du SIG, le projet de loi de finances prévoit une dotation de 21,9 millions d’euros, dont 3,9 millions pour « l’analyse de l’opinion et des médias ».
Assurément le coût des sondages de l’Elysée pour le contribuable et l’hypothèse d’un tour de passe-passe budgétaire destiné à faire croire à une diminution de la dépense, en réalité fictive, sont des questions qui doivent être explorées plus avant. Mais, dans cette grave affaire des sondages, ce ne sont pas les seules.
Car le partenariat qui s’est formé entre la Présidence, un institut de sondage associé via le cabinet Buisson et quelques médias est sans précédent dans l’histoire de la République. Dernièrement Monsieur Buisson, auditionné comme l’indique Médiapart.fr par mon collègue Jean Launay, rapporteur du budget de l’Elysée, semble avoir confirmé ce que nous avait dit Monsieur Frémont lors de son audition, à savoir que le cabinet Buisson était rétribué pour un travail de rédaction des questions. Interrogé par Jean Launay l’intéressé aurait quasi-assumé : il intervient « en amont » de la réalisation des sondages en ligne afin « jusqu’au dernier moment de rajouter des questions ». CQFD !
Mais si les questions des sondages étaient écrites par Monsieur Buisson, si ces sondages étaient payés par l’Elysée, puis, comme l’indique la Cour des Comptes, publiés par des médias, l’institut et les médias en question ont-ils respecté la loi de 1977 qui oblige à publier le nom de l’acheteur d’un sondage avec les résultats ?
Autant de nouvelles questions qui ont conduit à juste titre Jean-Marc Ayrault, président du Groupe Socialiste, à annoncer le 20 octobre dernier que les socialistes utiliseront leur « droit de tirage » afin que la Commission d’enquête sur les sondages de l’Elysée voit le jour lors de l’actuelle session parlementaire.
Bravo