« Une grève qui se voit ! »
La députée des Deux-Sèvres, Delphine Batho, réagit aux manifestations du 29 janvier.
La mobilisation est-elle forte aujourd’hui dans les Deux-Sèvres ?
C’est un record ! De mémoire de manifestant deux-sévrien, on n’avait pas vu ça depuis très longtemps. Dès le matin, les signes anonciateurs d’une mobilisation massive étaient là : route chargée en venant de Melle, impossible d’accéder au centre de Niort, impossible de trouver où se garer, des centaines et des centaines de gens qui marchent dans la rue pour rejoindre la place de la Brèche.
Dans la manifestation elle-même, le verdict des connaisseurs est vite tombé : nous sommes plus nombreux que contre le CPE en 2006, plus nombreux que pour la grande manifestation républicaine du 1er mai 2002 après le 21 avril. Au moins autant, si ce n’est plus, qu’en 1995 contre le plan Juppé. 10 000 manifestants en tout. La fonction publique au grand complet : profs, agents hospitaliers, cheminots, policiers… Un cortège des enseignants des RASED. Des salariés licenciés de la CAMIF bien sûr. Toute les générations : beaucoup de retraités et des lycéens aussi. Des parents d’élèves. Des mouvements d’éducation populaire. Des agriculteurs. Des salariés du privé : ceux de Poujoulat de Saint-Symphorien, de l’usine Rodhia de Melle, de la base logistique intermarché de Gournay, d’Heuliez… Beaucoup de maires des communes rurales. Et même des journalistes de la presse locale en grève !
Qu’est-ce qui explique, selon vous, une telle mobilisation ?
Le refus de tous d’être les sacrifiés de la crise. Il y a une exigence de dignité et de respect, une dénonciation de l’éternel discours méprisant du pouvoir qui demande aux « petits » de se serrer la ceinture alors que les « gros », ceux qui sont responsables de la crise, sont épargnés. « De l’argent pour les salariés, et pas que pour les banques » est le leitmotiv décliné de cortèges en cortèges dans ces différentes variantes « de l’argent pour l’école », « de l’argent pour l’hopital », « de l’argent pour le pouvoir d’achat »… Il y avait aussi beaucoup de slogans humoristiques cinglants contre Sarkozy, Darcos, Fillon et Bachelot à cause du projet de la loi sur l’hopital. Le succès de la mobilisation d’aujourd’hui s’explique aussi par l’unité syndicale retrouvée.
Quelles conséquences le gouvernement doit-il en tirer ?
Les racines de la forte mobilisation d’aujourd’hui sont profondes. Le mécontentement est très fort et le gouvernement aurait bien tort de le sous-estimer. Il doit tout de suite ouvrir des négociations avec les organisations syndicales sur la question des salaires et stopper le démantèlement des services publics. Mon inquiétude, c’est que le gouvernement persiste à jouer les apprentis sorciers en espérant que la mobilisation se radicalise. C’est comme cela qu’on peut interpréter le ciblage du syndicat Sud où les déclarations provocatrices de l’UMP sur le droit de grève. Mais choisir l’autisme et l’affrontement serait un jeu dangereux, irresponsable pour le pays et dont il n’est pas dit que le pouvoir sortira vainqueur.